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Taillons…doucement !


Vous avez planté récemment, ou il y a quelques années déjà, des arbustes dans un jardin communautaire de Lille ou Hellemmes. Ce n’est pas le tout de les planter, il faut les bichonner ensuite ! Comment faire pour que les arbres des jardins communautaires se portent bien, soient sympathiques à regarder et fructifient pour notre pomme ? Je vous propose d’abord de mieux connaître le fonctionnement d’un arbre, de voir ensuite l’impact de notre intervention sur sa croissance et enfin d’aborder des questions techniques relatives à la taille des arbres et arbustes.

L’arbre pousse…

La croissance d’un arbre nous paraît simple mais elle est au moins aussi compliquée que la nôtre et dépend des saisons bien entendu ! En voici les principales caractéristiques :

D’avril à septembre, pendant la période végétative, la tige est occupée à grandir par allongement de l’extrémité. Le long de celle-ci, plaqués à l’aisselle de chaque feuille, sont dissimulés des bourgeons dits dormants parce qu’ils ne donnent pas naissance à des pousses latérales la première année. En effet, une hormone végétale « l’auxine » synthétisée par le bourgeon terminal inhibe l’activité des autres bourgeons de l’année. Fin août, l’arbre commence à amasser des réserves nutritives dans ses tissus en prévision de l’hiver. A l’entrée de l’hiver, l’arbre est prêt à se laisser aller à un grand repos annuel, il se débarrasse de ses feuilles pour mieux résister au froid. Puis le printemps arrive, les bourgeons dormants de l’année précédente se réveillent pour laisser place à des pousses latérales qui étoffent petit à petit l’ossature de l’arbre. Les bourgeons de l’année laisseront simplement passer le vert tendre des feuilles. Chaque année, l’extrémité de l’arbre s’allonge grâce à l’activité du bourgeon terminal et se ramifie grâce au réveil des bourgeons latents. Voilà, caricaturalement, comment un arbre grandit !

Pourquoi le déranger ?

Si vous voulez influencer sa croissance et son esthétique, c’est possible grâce à la sacro sainte opération de taille qui aura comme conséquence de réveiller les bourgeons latéraux de leur dormance et les obligera à fabriquer de nouvelles ramifications. Mieux vaut donc, avant de tailler, anticiper la forme que vous voulez donner à l’arbre et cerner au préalable l’objectif de la coupe. Plusieurs raisons peuvent en effet vous convaincre de passer à l’acte : la taille est utile, chez les jeunes arbres, pour les aider à se construire une charpente solide et une silhouette équilibrée. Elle peut permettre également d’accroître la mise à fruits d’arbres plus âgés. (Attention, n’espérez pas de bébés avant 4 ans pour un fruitier !). La taille sert aussi à assurer une aération et un ensoleillement suffisants à l’intérieur de la couronne de l’arbre.

Quand le bichonner ?

Voilà les effets et objectifs de la taille sur des arbres fruitiers ou ornementaux. Mais ce serait trop simple si la période de taille était la même pour tous ! Plusieurs paramètres sont à prendre en compte pour savoir à quel moment intervenir : la saison, l’âge de l’arbre ainsi que sa nature.

1) Tenir compte de la période

En règle générale, on peut tailler tout au long de l’année, la cicatrisation des plaies se fait même mieux quand la sève circule. Mais certaines périodes sont à éviter : en hiver, les périodes de gel causent des dommages au cambium (mince couche de cellules située entre le bois et l’écorce) ; au printemps, les plaies sont parfois le siège d’écoulement de sève considérable ; en été, il faut éviter les périodes pendant lesquelles les arbres souffrent de sécheresse et en début d’automne quand les arbres reconstituent leurs réserves.

2) Tenir compte de l’âge de l’arbre

En règle générale, mieux vaut ne pas intervenir sur des sujets trop jeunes (moins de cinq ans), pour leur donner le temps de prendre de l’ampleur et d’affirmer leur silhouette notamment pour les arbustes d’ornement et les jeunes arbres fruitiers. Néanmoins, pour ces derniers, une taille de formation peut s’avérer nécessaire : on ne laisse que 3 ou 4 branches charpentières qui constituent l’ossature du futur arbre. Pour les fruitiers à noyaux, cette taille de formation peut s’effectuer de fin janvier à février ; pour les fruitiers à pépins, ce sera de fin février à mars, bref à la fin du repos végétatif.

La taille sur arbustes de haie champêtre peut également se faire une année après la plantation dans l’objectif de les rendre plus touffus et vigoureux. Les arbustes à feuilles caduques (noisetier, fusain d’Europe, érable champêtre, viorne, cornouiller etc…) peuvent être taillés à 15 cm du sol après un an de pousse, les arbustes persistants (troène, houx etc…) à 1/3 de leur hauteur (sauf le hêtre et le charme !). Après on est tranquille pendant cinq ans avant une première taille d’entretien. Pour les arbres plus âgés…lisez la suite !

3) Tenir compte de la nature de l’arbre

— Les arbustes d’ornement

+ A floraison estivale (altéa, buddléïa, weigélia…) : ces arbres ne portent des fleurs que sur les bois de l’année. Il faut donc les tailler en hiver pour qu’ils fassent beaucoup de nouvelles pousses l’année suivante et donc beaucoup de fleurs.

+ A floraison printanière (lilas, seringat, forsythia, deutzia…) : ces arbres fleurissent sur le bois de l’année précédente. Mieux vaut les tailler en fin de printemps après la floraison pour qu’ils fassent de nouvelles pousses pendant le reste de la belle saison, donnant ainsi beaucoup de fleurs l’année suivante.

— Les arbres des haies champêtres  : quand ils sont âgés de cinq ans environ, la taille a pour but d’aérer la couronne de l’arbre et d’y faire pénétrer la lumière.

— Les arbustes à petits fruits (groseillier, cassissier…) : il est nécessaire de favoriser le renouvellement des rameaux, en ne conservant que ceux de un à trois ans. La taille se fait en janvier et février. Pour assurer une bonne fructification, l’arbuste doit avoir l’allure d’un buisson avec une dizaine de ramifications. Par la suite, il suffira d’éclaircir la touffe en veillant à ce que son centre soit bien aéré.

— Les arbustes fruitiers  : la fin de la taille de formation et celle de la mise à fruits se confondent. Cette dernière a pour objectif de maintenir un équilibre entre fructification et croissance, en encourageant la production de boutons à fleurs. Elle va contrecarrer la production de fruits seulement une année sur deux, phénomène naturel de l’alternance chez les arbres à pépins.

+ Les arbres à pépins : la taille se fait avant l’apparition des fleurs mais le plus près possible de la floraison pour faire la différence entre boutons floraux et bourgeons à bois. Elle a lieu entre le 15 février et le le 10 avril.

+ Les arbres à noyau : ils ne se taillent guère sauf en cas de problèmes particuliers

Comment ne pas trop le tuer ?!

Voilà, vous savez tout sur les périodes de taille, voici maintenant quelques petits conseils pour tailler sans trop de dégâts !

Ayez en tête que la taille ne doit pas modifier le port naturel de l’arbre (sauf les exceptions ci-dessus, y’en a toujours !) et qu’elle doit se faire par beau temps durant les températures les plus chaudes de la journée. Pour garantir la meilleure cicatrisation possible et éviter les maladies, n’oubliez jamais de désinfecter votre sécateur avec de l’alcool à 90°C avant de tailler vos arbres et d’appliquer un mastic cicatrisant sur une plaie après opération. Mieux vaut conserver ou enlever totalement une branche ou un rameau plutôt que de le couper au milieu et optez pour le bon angle de coupe ni trop à plat, ni trop incliné, cela permet aussi d’éviter nombre de maladies !

C’était peut-être un peu rébarbatif tout ça mais, tous ces éléments pris en compte, vous pouvez intervenir en connaissance de cause sur les arbres et arbustes des jardins communautaires ! A vous de jouer désormais…et si vous vous sentez encore un peu timide devant un arbuste, rien de tel que de voir un arboriculteur en pleine action comme Benoît Outters dans ses vergers à Wallon Cappel.

Violaine

Pour la taille des rosiers, voir http://nature.jardin.free.fr/arbuste/La_taille.htm