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Accueil > Les Jardins > LILLE (quartier de Wazemmes) : Jardin des drôles d’Waz’eaux > Le Jardin dans les médias > 2001

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L’HUMANITE - Société - Article paru le 10 novembre 2001

Un jardin communautaire pour cultiver sa différence


Le quartier populaire de Wazemmes se mobilise pour que les délires urbanistiques ne tuent pas l’atmosphère de cette Babel nordiste.

De l’un de nos envoyés spéciaux.

Wazemmes, un coin à part à Lille. Un marché à l’ombre de l’église Saint-Pierre - Saint-Paul, qui rythme la semaine. Comme dans le sud, on vit dans la rue, dans ce patchwork de boutiques, boucherie halal, coiffeurs asiatiques, bars typiques. Toutes les cultures, tous les âges se côtoient.

Pour Dimitri Vazemsky, écrivain-artiste-bourlingueur-éditeur (" le VIP de Wazemmes ", dixit le canard local), ce quartier, " c’est une petite tour de Babel. D’ailleurs, j’ai le premier jardin suspendu de Wazemmes ", sourit-il en pointant du doigt un lierre perché à quatre mètres de hauteur.

Ce jeune artiste a Wazemmes chevillé au corps, au cour et à la plume. Pourtant, ce fils d’enseignants, étudiant en lettres, amateurs de comics américains et connaissant son Shakespeare sur le bout de la langue, a pas mal roulé sa bosse : " J’ai enseigné le français en Irlande, je suis allé en Inde à la recherche de Victor Hugo. " Mais cela fait huit ans qu’il a posé ses valises " parce que, ce que je cherchais en Inde, je l’ai trouvé ici, à Wazemmes. En quelques pas, on passe d’un bout à l’autre de la planète ".

C’est ici que ce touche-à-tout cultive son jardin secret. Enfin, pas si secret que ça. " Un jour, je me baladais rue Jules-Guesde. Et en jetant un coup d’oeil par-dessus une palissade, raconte-t-il, j’ai découvert une friche d’herbes folles. " Trois mille mètres carrés enserrés au milieu de petites bâtisses à l’abandon et un bout de mur au-delà duquel se révèle l’usine Leclerc désaffectée. Ce terrain, où s’élevaient jadis des petites bâtisses d’ouvriers, appartient à la mairie. Le projet ? Y faire passer une rue qui relierait le futur commissariat à l’ancienne usine Leclerc qui doit être réhabilité en " Maison Folie " : " Cela couperait en deux la rue Jules-Guesde et modifierait grandement le visage du quartier. On ne veut pas que Wazemmes subisse ce qu’a subi le vieux Lille ", tonne-t-il.

Alors, avec les habitants du quartier et les AJONC (Association des jardins ouverts mais néanmoins clôturés), il organise début juillet une fête et lance l’idée d’un jardin communautaire, " Waz aux deux jardins " : " Il existe déjà deux ou trois jardins communautaires sur Lille, notamment le jardin des Retrouvailles à Moulins. Non pas des jardins ouvriers où chacun a sa parcelle mais des jardins ouverts à tous ", explique Dimitri. Mêler la culture à la culture, voilà la philosophie : " D’un côté, un jardin potager et, de l’autre côté, un jardin culturel. Plus qu’un coin de verdure, ce sera un lieu de rencontres ", carbure-t-on autour des trois choux plantés par un jardinier anonyme. Quant au vague projet d’une " maison de ville ", il n’inquiète pas grand monde : " C’est juste histoire de remplir les blancs sur un plan. Il n’y a pas de promoteur derrière. Plus important, on commence à avoir des soutiens au sein de l’équipe municipale et il y a la volonté de développer sur Lille ce type de jardin ", explique-t-on aux AJONC.

Au-delà de ce jardin autour duquel une soixantaine de personnes s’active, c’est l’identité de ce quartier que ses habitants tentent de défendre. Et Dimitri de flâner rue Gambetta. Où se cache l’impasse Vilain, une des dernières courées, vestige de l’industrie textile. Maisons napoléoniennes, petits théâtres, la vie grouille à Wazemmes, à mille lieux de la cité des Poètes, barres aseptisées à deux coups de trompette du studio de la Compagnie du Tire-Laine où minots et gadjés viennent faire tonner leurs instruments.

Et comment oublier ce concours de soupe organisé il y a quelques mois à Wazemmes ? " Tout est parti du Relax, un bar sur la place du marché et où, tous les dimanches, on fait la fête, explique Miftah Bouchaïb, le président de l’association ATTACAFA. Un soir, une vingtaine de flics ont débarqué. En force… Après cela, on s’est tous dit qu’il fallait qu’on réplique. Alors, on a lancé un concours de soupes pour fédérer le quartier. " Le temps d’une journée, tout un chacun a sorti son bol, son réchaud et sa recette. Plus de cinquante breuvages différents, chacun a mis la louche à la pâte. " Les lauréats ? Un Sherpa de passage et sa soupe népalaise, un Ch’timi pour une soupe à la bière et la maison de quartier avec sa soupe aux orties. Des soupes du monde, de la région et du coin : un mélange des genres à l’image du Wazemmes… ", sourit Miftah. Et depuis, un leitmotiv : " C’est quand, la prochaine ? "

En tout cas, pour la deuxième fête de " Waz aux deux jardins ", le 11 novembre, le menu est déjà tout trouvé. Et peut-être que Dimitri se fendra d’un petit détournement du camarade Vian : pourquoi pas le Désherbeur ?

Sébastien Homer