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Presse : Magazine VIVA (mensuel) juillet-août 2009

À Lille, les communautaires sèment à tout vent


Dans les jardins partagés, la mise en commun des savoirs est au programme et la récolte est pour tous.

Société

Pour cultiver la convivialité et le lien social

Lille, quartier de Moulins, jardin des re-Trouvailles… Sur les bancs, Olivier Fossé, animateur du club nature, et Alham, treize ans, Julie, onze ans, et Hans, douze ans, examinent à la loupe limaces et vers de terre.

Geneviève, une infirmière à la retraite, cueille des roses pour une amie hospitalisée. Michel aide Amélie à décharger tout ce qu’elle a apporté pour fêter son anniversaire avec des copains. Amélie a vingt-cinq ans et étudie le droit à la faculté voisine. «  Voilà les avocats  », dit Michel, qui habite deux rues plus loin. Ancien garde-pêche, il est à la retraite depuis deux ans. Alham, Julie et Hans sont aussi du quartier. Quant à Geneviève, elle habite Vauban, un coin chic de Lille où elle a peu de relations sociales. Sans le jardin des re-Trouvailles, ce monde-là ne se serait jamais rencontré.

Tout a commencé dans les années 1990 avec la rénovation urbaine du quartier. La concertation avec les habitants avait si bien pris que, la rénovation achevée, l’envie de poursuivre une action commune a perduré.

L’idée d’un jardin vit le jour. Sans le savoir, les habitants de Moulins réinventaient le concept des community gardens new-yorkais. Il y a aujourd’hui seize jardins communautaires dans l’agglomération lilloise. Le jardin des re-Trouvailles est le plus ancien, le premier jardin partagé de l’Hexagone.

Dans le coin des enfants, Hans a mis des tulipes, Alham de la menthe et Julie des pommes de terre. De l’autre côté, la parcelle travaillée par Michel et sa femme, Muriel, aligne impeccablement salades, radis, poireaux… Tout est étiqueté  : la mise en commun des savoirs est au programme. Et la récolte est partagée par tous.

Au détour de l’allée, on arrive à la mare, puis à la ruche, prévues pour préserver la biodiversité. Geneviève se promène, sécateur à la main. Elle prétend n’être pas une grande jardinière mais est toujours prête à tailler par-ci, par-là, et surtout à tailler une bavette avec les uns et les autres. Elle est partante pour accompagner les gamins à la pêche ou pour un week-end nature organisé par Olivier.

Ce qu’elle aime, c’est cette communauté, les gens rencontrés lors des fêtes (ou des corvées), et voir s’épanouir ceux qui sont venus parfois à reculons la première fois, traînés par leur gosse. «  Depuis qu’il y a les enfants, le jardin est beaucoup plus respecté  », constate-t-elle.

Créer, tenir, ouvrir un jardin : un parcours du combattant

Car le partage de ces espaces publics gérés par les habitants ne se fait pas sans peine. Lancer un projet de jardin partagé n’est pas très facile, le maintenir l’est encore moins, respecter les décisions de groupe et les désirs de chacun tient du grand art.

Quand le projet commun fonctionne enfin, l’ouverture sur le quartier et l’ensemble des habitants est un nouveau défi.

Ouvrir le jardin à tous, c’est se montrer accueillant et créer des occasions pour encourager les passants à pousser la porte. Olivier se souvient avoir ramé pour lancer les clubs nature. «  Je suis venu pendant six mois, toutes les semaines, sans qu’un gosse ne pointe son nez. C’était dur. J’ai pris des contacts avec les écoles, les associations, j’ai parlé avec les gens. Et puis un jour j’ai sorti les cerfs-volants et ça a démarré. Il y a maintenant une dizaine d’enfants qui viennent toutes les semaines, 80 moins fidèles.  »

Michel habitait le quartier depuis six ans quand il est venu la première fois, encouragé par une voisine. «  J’étais à la retraite, je n’avais jamais jardiné, mais je ne suis plus reparti. Je suis même au conseil d’administration des Ajonc*  !  »

Une fois par mois, les jardiniers se rassemblent, si possible autour d’un verre et d’un dîner communautaire… Les initiatives de chacun doivent recevoir l’accord de tous. Une façon de se respecter et d’élargir ses horizons.

Quand Olivia a envie de faire un sort au lierre qui envahit l’érable du jardin des Maguettes, il lui faut convaincre Gisèle, qui pâlit dès qu’elle voit un sécateur, ou trouver un terrain d’entente.

Quand Michaël veut lancer une invitation aux personnes âgées de la maison des Temps de vie, il présente son projet, et recueille le soutien de tous.

Quand Alice meurt d’envie d’arracher le pied de sauge qui a l’air tellement mort au milieu du jardin, elle calme ses ardeurs jusqu’à ce que chacun soit convaincu qu’il n’y a plus d’espoir de réanimer la malheureuse officinale.

Dans les jardins partagés, il faut de la bonne terre, mais ce que l’on cultive le plus, c’est certainement l’art de vivre ensemble.

[06.07.09]
- Pascale Pisani

* Association des amis des jardins ouverts et néanmoins clôturés.

A savoir

Partager pour avoir plus

A Lille, où ils sont apparus en premier, on les a d’abord appelés jardins communautaires, puis «  partagés  » pour parler d’un espace collectif. Partant de là, l’espace peut être divisé, la récolte commune, certains peuvent jardiner, installer des sculptures, s’occuper des ruches, ou simplement apporter leurs épluchures au compost… Jardins et jardiniers doivent pourtant se soumettre à une charte (celle des Ajonc à Lille, celle de la Main verte à Paris, du Passe-jardin à Lyon, fédérées sous la houlette du Jardin dans tous ses états…), qui les engage à respecter l’environnement et à ouvrir leur paradis sur le quartier.

À lire

Jardins partagés : utopie, écologie, conseils pratiques, de Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy, Terre vivante, 2008.
Des Jardins en partage, d’Eric Prédine et Jean-Paul Collaert, Rue de l’Échiquier, 2009.
Un Jardin sans allergies, de Lucy Huntington, Eyrolles, 2006.