accueil | Plan du site | Agenda | Grands évènements | Liens | Espace adhérent

Accueil > Apiculture > Dossiers

Articles

L’EMPOISONNEMENT DES ABEILLES


Par Michaël, Atelier Apiculture AJOnc

L’abeille à miel (Apis Mellifera) participe à la pollinisation de 80% des plantes à fleurs en mobilisant les étamines qui entrent en contact avec le pistil : ce qui provoque la fécondation de la fleur. Cette pollinisation permet la production de 35% de l’alimentation humaine. Le reste de la pollinisation est effectué par d’autres insectes (abeilles sauvages, bourdons, papillons, etc.), par le vent (fécondation éolienne) ou par la plante elle-même selon sa conformation (autofécondation). En butinant, l’abeille emmagasine le nectar dans son jabot ainsi que le pollen sur les poils de son corps et de ses pattes. Dès ce stade, si un produit chimique de synthèse (apporté par l’Homme et qui n’existe pas à l’état naturel) se trouve dans et sur la plante, il peut se retrouver dans et sur l’abeille pour être rapporté à l’intérieur de la ruche.

Le nectar est un suc sécrété par les plantes qui contient 80% d’eau et 20% de sucres divers. Après collecte, les abeilles le stocke dans les alvéoles de la ruche. Une partie servira immédiatement au nourrissage de toute la colonie, couvain compris. De ce fait, tout produit chimique présent dans le nectar peut agir sur toutes les phases de développement des nouvelles abeilles (larve, nymphe et imago). Une autre partie du nectar est progressivement deshydratée par passage de jabot à jabot (trophallaxie). Les abeilles y incorporent en même temps des enzymes qui rendront les sucres assimilables. Toutes les abeilles risquent donc d’être en contact avec le produit présent sur la fleur polluée, y compris les abeilles qui ne l’ont pas butinée. Quand la concentration en eau du nectar atteint 17%, les alvéoles sont operculées par les abeilles et le miel est prêt à être consommé. Les produits chimiques, éventuellement présents dans le nectar, risquent donc de se retrouver concentrés dans le miel que nous consommerons. Le pollen est une source indispensable de protéines pour les abeilles. Par brossage, elles l’amalgament et le déposent dans les alvéoles pour qu’il serve de nourriture à la colonie. Comme pour le nectar, les produits chimiques présents dans le pollen peuvent être absorbés par les abeilles.

Lorsqu’on ouvre une ruche, on peut voir sur les cadres de corps, le couvain et les alvéoles remplies de nectar et de pollen. Merveille de la nature : l’abeille a bien fait son travail pour que la vie puisse naître confortablement au sein de la ruche, pour maintenir sa descendance depuis 60 millions d’années, pour nous offrir ce mets délicieux qu’est le miel et pour pérenniser la présence des fleurs dans nos jardins et des fruits et légumes sur nos étals. Mais triste constat aujourd’hui : ses greniers à nourriture peuvent contenir d’éventuels produits toxiques. Les produits phytosanitaires en vente sur le Marché (insecticides, pesticides, fongicides, herbicides, etc.) sont très nombreux. Auparavant disséminés par épandage, ils avaient uniquement une action de surface. De nos jours, ils sont particulièrement redoutables. Par manipulation génétique, la plante parvient à métaboliser des produits systémiques insecticides. Le nectar et le pollen peuvent contenir ces produits. La plante elle-même pourrait donc être considérée comme un poison potentiel.

La multiplicité des produits, utilisés et disséminés dans l’environnement naturel, peut occasionner la formation spontanée de sous-produits de dégradation qui peuvent se recombiner entre eux pour donner de nouvelles molécules dont la toxicité à long terme est totalement inconnue. Ces nouveaux produits se retrouveraient dans tous les milieux, dans toute la chaîne alimentaire et par voie de conséquence finiraient par se retrouver dans tous les êtres vivants.

La surmortalité des abeilles depuis l’année 2000 tire un signal d’alarme. Dans certains pays industrialisés, une partie importante du cheptel apicole aurait totalement disparu. Fréquemment les zônes de culture intensive sont de plus en plus étendues et totalement dépourvues de plantes à fleurs. Les abeilles ne trouvent plus leur nourriture ou lorsque celle-ci existe, elle peut être polluée. L’impact négatif sur la biodiversité des plantes et sur la population mondiale d’abeilles est très préoccupant. Sans pollinisation par les abeilles, l’impact consécutif sur la production alimentaire humaine risque d’être préjudiciable à notre propre Espèce.

Selon Bernard Vaissière, spécialiste des pollinisateurs à l’INRA,

“Aujourd’hui nous trouvons que plus de 75% des cultures qui nourrissent l’humanité et 35% de la production de nourriture dépendent encore des pollinisateurs, c’est-àdire des abeilles pour la plupart. Mais les pratiques de production et les paysages agricoles qui en résultent ont évolué considérablement ces dernières années de sorte que maintenant les pollinisateurs sont souvent trop rares pour pouvoir polliniser les cultures de façon fiable et efficace.

Nos résultats apportent un vibrant rappel sur le rôle essentiel que jouent les pollinisateurs dans notre vie quotidienne, en particulier au niveau de notre alimentation puisque leur activité pollinisatrice nous permet d’avoir de nombreuses denrées essentielles mais aussi agréables comme le café et le chocolat, les huiles végétales et les fruits à coques, et la plupart des fruits et légumes”.

Lien : http://www.gwdg.de/ uaoe/pdf/paper/...