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OGM : pourquoi surtout pas !


Echo des Brouettes n° 8 (printemps été 2008)

Les « OGM » pourquoi surtout pas !

En préambule je reconnais ne pas avoir les connaissances requises pour traiter de manière scientifique ce sujet. Simplement en tant que citoyen responsable je me suis tenu informé des débats y afférant qui agitent depuis quelques années et avec plus d’ampleur ces derniers mois les sphères scientifiques, politiques et industrielles. Ce qui suit est le résultat de l’écoute tant des pro que des anti-OGM et de la lecture des nombreux articles parus sur le sujet, même si j’ai du avec regret constater un déficit d’information du public sur ces nouvelles techniques et la façon dont elles sont contrôlées et évaluées, qui donne l’impression d’une opacité entretenue. Pour les raisons précitées, je n’exclue dans cet écrit ni compréhension erronée ni interprétation fausse de ma part. En fait tout ceci exprime la perplexité du citoyen landa que je suis ! D’abord c’est quoi un OGM ? Tout organisme vivant est sujet à des modifications naturelles de son patrimoine génétique, c’est le principe même de l’évolution des espèces. Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme dont on a modifié le matériel génétique (ensemble de gènes) par une technique nouvelle dite de « génie génétique » pour lui conférer une caractéristique ou une propriété nouvelle. Il s’agit donc d’un organisme dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle.

La fabrication d’organismes génétiquement modifiés a été rendue possible grâce aux progrès considérables des techniques de biologie moléculaire au cours des 25 dernières années. Le génie génétique permet en effet d’intervenir directement sur la molécule d’ADN (acide désoxyribonucléique), support de l’information héréditaire pour l’ensemble des êtres vivants. La capacité de modifier et transférer du matériel génétique d’une espèce à une autre permet de produire des organismes vivants avec une combinaison de caractères nouveaux qui n’aurait pu naturellement exister. Les OGM peuvent être des plantes, des animaux ou des micro-organismes.

Pour la petite histoire, l’acronyme OGM désigna dans un premier temps un Organisme Génétiquement Manipulé. La référence à une manipulation qui soulignait par trop l’interventionnisme humain fut rapidement déconseillée par les spécialistes de la communication et l’usage fut de dire Organisme Génétiquement Modifié.

Je passe rapidement sur le rôle déjà important que joue le génie génétique dans le domaine médical car il semble y avoir ici consensus entre les différents acteurs du débat (les micro-organismes génétiquement modifiés sont par exemple utilisés pour la production d’insuline ou de vaccins anti- hépatite B. Egalement la thérapie génique est expérimentée pour des pathologies très diverses, du cancer aux maladies cardiovasculaires, de la myopathie à la mucoviscidose) pour aborder dans la limite de ce que j’ai retenu et compris l’utilisation d’OGM dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement.

L’application du génie génétique en agriculture est devenue opérationnelle dans les années 1980 avec les premières autorisations d’essai en champ de tomates transgéniques résistantes à un herbicide. En 1994 les premiers aliments issus d’OGM sont commercialisés (tomate à mûrissement ralenti, hormone de croissance BST pour forcer la lactation des vaches). D’abord confinée aux Etats-Unis, c’est à partir de 1997 que la culture de variétés transgéniques s’est généralisée dans le monde.

Les partisans des OGM nous disent Que les OGM ne sont pas des organismes fondamentalement nouveaux, les techniques moléculaires n’étant selon eux que l’extension des techniques conventionnelles (thèse principalement défendue par les biologistes moléculaires et les sélectionneurs),

Que depuis des siècles l’homme crée des organismes génétiquement modifiés. Les paysans et les agronomes sélectionnaient des plantes ou des animaux, les croisaient, observaient les résultats et créaient des organismes ayant telle qualité ou tel aspect : plante résistante à telle maladie, chien chasseur ou gardien de troupeaux, etc. Cette sélection prenait des décennies, voire des siècles. Aujourd’hui, grâce au génie génétique on accélère seulement le processus en intervenant directement sur les gènes,

Que les plantes génétiquement modifiées, telles que le maïs, la betterave et le colza possèdent des propriétés de résistance à des insectes ravageurs des cultures, et de tolérance à certains herbicides, permettant alors d’en utiliser moins et de façon plus raisonnée ou d’utiliser des produits plus respectueux de l’environnement, avec pour les cultivateurs une augmentation des revenus grâce aux avantages immédiats que sont l’augmentation des rendements et la réduction des coûts liés à l’emploi de pesticides, herbicides ou insecticides,

Que les OGM constituent la solution pour nourrir la population mondiale estimée à 7 milliards pour 2012-2013 car il faudra produire 330 millions de tonnes de céréales supplémentaires,

Que grâce aux OGM il sera possible de produire de nouveaux aliments possédant des caractéristiques telle que l’enrichissement du riz en vitamine A ou en fer, permettant de lutter contre les maladies liées à des carences alimentaires, une modification en acides gras des huiles afin de limiter les risques de maladies cardiovasculaires…,

Qu’on pourra envisager d’utiliser des plantes ou des micro-organismes génétiquement modifiés permettant de dépolluer les sols contaminés et plus généralement d’éliminer les contaminants de l’environnement. Des plantes pourront ainsi être utilisées comme pièges à nitrates pour dépolluer les sols,

Pour les opposants à l’utilisation des OGM il s’agit d’arguments purement commerciaux et financiers, qui cherchent à dissimuler à la population des risques réels ou potentiels pour l’environnement et la santé car

Le génie génétique est une technologie puissante non complètement maîtrisée. Le lieu d’intégration du transgène dans le génome hôte est aléatoire et la stabilité dans un processus d’évolution à moyen terme reste inconnue. Les modifications génétiques artificielles peuvent être dangereuses en particulier lorsqu’elles utilisent de l’ADN virale comme vecteur pour le transfert de matériel génétique. Les transferts artificiels de gènes permettent de multiplier la transgression des barrières entre les espèces, avec des objectifs précis. Les implications sur l’évolution de la diversité biologique et les équilibres entre espèces (dont l’espèce humaine) restent complètement imprévisibles,

L’intérêt de produire des OGM est surtout, pour les multinationales agroalimentaires, le moyen de gagner des marchés en contrôlant par les droits des brevets, Il y a donc risque de contrôle du vivant par quelques multinationales car le fait d’avoir été transformés artificiellement par des procédés techniques confère aux OGM un statut juridique particulier pour des êtres vivants : ils sont susceptibles d’être brevetés comme des objets industriels. Il est à craindre que des droits exclusifs sur une espèce soient bientôt attribués à quelques multinationales leur permettant ainsi d’accroître leur contrôle sur toute la chaîne alimentaire depuis les semences jusqu’au produit fini, posant le problème de la sécurité alimentaire au niveau mondial,

Les résultats des tests confinés en laboratoire et en champs expérimentaux ne peuvent être raisonnablement extrapolés à la diversité des milieux et conditions où sera produite la variété transgénique commercialisée et certains spécialistes (biologistes, agronomes, médecins, écologues) considèrent qu’il existe des risques particuliers pour l’environnement du fait de sa mise en culture sur des milliers d’hectares, pour la santé publique par son utilisation dans notre alimentation, ou encore pour la sécurité alimentaire des agricultures paysannes des pays pauvres,

L’argument des fabricants de semences génétiquement modifiées de combattre la faim dans le monde en permettant d’augmenter les rendements agricoles est fallacieux car le problème est avant tout un problème de répartition de la production actuelle aggravé par une politique de réduction des espaces cultivés qui répond principalement à une volonté de maintenir les cours à un niveau élevé.

C’est d’ailleurs le même argument qui a servi à la commercialisation des pesticides et qui a propulsé la révolution verte avec la mécanisation des campagnes dans les années 60. La réalité est que les pays les plus pauvres ont eu peu accès à ces nouvelles technologies sophistiquées et l’histoire risque de se répéter avec l’avènement des OGM, des semences brevetées qui coûtent cher et qui doivent être rachetées chaque année.

Ne pouvant arrêter le vent, le pollen, les abeilles, ni rendre totalement stériles les silos, les camions,… la coexistence entre cultures OGM et cultures traditionnelles est de fait impossible à cause des disséminations et des contaminations,

Il est faux de dire que les cultures de céréales génétiquement modifiées sont plus rentables pour l’agriculteur car les OGM ne sont pas faits pour produire plus mais pour émettre un insecticide ou stocker un herbicide.. De plus, leur coût est plus élevé qu’une plante normale car il faut payer la licence de brevet. L’agriculteur économise le coût de l’insecticide mais ce coût est marginal donc le gain économique aussi. En fait, le seul avantage financier en faveur des OGM pour l’agriculteur est qu’ils permettent de simplifier les pratiques agricoles et de réduire la main d’œuvre, c’est à dire de licencier. Dans nos sociétés où il y a plus de chômeurs que de travail, est-ce très judicieux ?

Il est également faux d’assurer que les OGM permettent de réduire l’utilisation de pesticides. Des études sur le terrain, notamment en Inde ont montré que l’utilisation continue de semences génétiquement modifiées obligeait les agriculteurs à utiliser plus de pesticides qu’avant. Seuls des pesticides spécifiques à la plante OGM peuvent donner des résultats. Autrement dit les multinationales produisent les OGM et les pesticides qui leur correspondent afin de mieux contrôler le secteur agricole et notre alimentation.

Mon sujet n’étant pas ici de me prononcer sur l’utilité ou non, sur la dangerosité ou non des OGM, je me suis contenté de relater des faits et les arguments des uns et des autres les plus souvent énoncés, évitant tout commentaire personnel bien que mon positionnement sur les OGM soit effectif et clair. C’est pourquoi ma conclusion sera moins neutre que ce qui précède.

En effet, la question essentielle concernant les OGM est peut-être philosophique. Nos chercheurs sont ingénieux : ils introduisent des gènes de poisson dans la tomate pour en augmenter les Oméga 3 ou des gènes d’araignée dans le coton pour avoir des fils plus résistants. Et demain ? Des gènes de kangourou chez les athlètes spécialistes en saut ? Jusqu’où vont-ils aller ? Jusqu’où pouvons nous aller ? Les critères doivent-ils être uniquement scientifiques et économiques ou éthiques, sociaux, environnementaux ? Soyons prudents dans nos choix car notre société n’a plus les moyens de se tromper.

Claude Pruvot